MAÎTRES D’OUVRAGES ET ENTREPRISES.. Y A-T-IL ABUS DE POUVOIR ? (Partie II)

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Travaux

Certains panneaux de coffrage peuvent être abusivement refusés pour leur aspect malgré leur conformité. En effet, pour qu’un coffrage soit conforme, il suffit qu’il soit stable, droit (à l’exception de celui des éléments en béton ayant des formes spéciales), suffisamment rigide et indéformable pour supporter la poussée du béton frais, étanche afin d’éviter les pertes de laitance et facile à enlever pour ne pas endommager le béton lors du décoffrage et qu’il permette d’obtenir la texture souhaitée pour les bétons destinés à rester apparents. En 2015, lors de la construction d’un important projet pour le compte d’un grand établissement semi-publique marocain, l’architecte M.D est allé jusqu’à imposer l’usage de panneaux neufs pour le coffrage des fondations et du gros béton de rattrapage et a exigé un parement parfaitement lisse de ces parties de la construction alors qu’elles seront entièrement noyées dans le sol et seront évidemment invisibles. De plus, c’est paradoxalement l’aspect rugueux même du béton qui favorise l’accrochage de l’enduit et du revêtement et qui doit dans ce cas être privilégié dans la superstructure.

Par ailleurs, il arrive que l’entreprise souhaite apporter des modifications à un ou plusieurs articles du marché, redimensionner une structure ou changer une fourniture de manière à avoir un ouvrage conforme et garantir au minimum le niveau de la qualité escomptée par le client tout en respectant le délai contractuel, sauf que ces propositions sont quelquefois refusées sans raison valable. Ainsi, pour accélérer les cadences des travaux, une entreprise prend l’initiative de remplacer les postes transformateurs à construire in-situ par des postes préfabriqués étant donné qu’ils garantissent non seulement un haut niveau de sécurité, un génie civil réduit, une installation facile et un grand gain de temps et d’espace puisqu’ils sont disponibles clés en mains dans l’immédiat et sont livrés sur site complets mais encore, un respect des normes et des textes vu qu’ils sont entièrement testés à l’usine et, par conséquent, un contrôle simplifié. Malgré l’impact négatif de ce changement sur la marge bénéficiaire de l’entreprise, le MOA finit par la forcer à lui accorder une moins-value faute de quoi il rejette la variante proposée. Dans le même sens, une grande société marocaine de travaux se voit injustement refuser en 2016 dans le cadre de son marché à prix global et forfaitaire, une optimisation de 40% du poids de la charpente métallique par rapport au quantitatif du DCE après avoir refait les études de dimensionnement, malgré la pertinence des justifications techniques et détails de calcul qu’elle a présentés. Ce refus trouve son explication dans le fait qu’une acceptation serait une reconnaissance implicite de la non-fiabilité de l’étude initiale, ce qui mettrait le MOE dans une situation d’embarras vis-à-vis de son client du fait qu’il lui aurait causé une perte sèche de 1 400 000 DH environ. Ce genre de résistance à toute modification du marché initial est souvent constaté également quand les représentants du MOA et MOE manquent d’expérience, raison pour laquelle ils évitent tout changement, de peur de devoir s’expliquer auprès de leurs hiérarchies. Ces carences managériales sont de nature à augmenter la probabilité de prendre, de manière impulsive, des décisions guidées par les sentiments et non par la raison ou la logique et donnent lieu à des résultats médiocres et à une hausse des réactions émotionnelles négatives envers l’entreprise. Il est courant aussi que des oublis se glissent pendant les phases de la conception, études et rédaction du descriptif technique du marché par conséquent, la réalisation du projet dans les règles de l’art nécessite le recours à des avenants ou travaux supplémentaires et éventuellement à un allongement du délai mais il est courant aussi que les représentants du MOA et MOE mettent la pression sur l’entreprise ou tentent des bras de fer pour faire exécuter ces travaux sans signature de nouvelle commande pour les mêmes raisons citées précédemment ou à cause de la bureaucratie et de la rigidité des procédures administratives internes.

Conclusion

En somme, un projet de construction est un processus complexe qui nécessite la collaboration de tous les intervenants pour le mener à bien mais leurs diversités et multiplicités sont en mesure d’engendrer de nombreuses difficultés dans la mise en œuvre de la coordination, des responsabilités et de la réalisation. Ainsi, des complicités finissent par se nouer entre les professionnels au fil du temps à force de se croiser fréquemment dans différents chantiers de ce petit monde du BTP ; il est même possible que, pour certains grands donneurs d’ordre, le MOA, MOE et MOD soient tous des filiales du même groupe de sorte qu’elles soient liées par un intérêt commun qui est celui du groupe, divisant ainsi l’équipe d’un même projet en deux ou plusieurs clans, ce qui est à même de créer un déséquilibre dans les discussions. En 2015, lors de la réalisation d’un important projet pour le compte d’un grand établissement publique marocain, il s’est avéré que l’architecte, l’AMO et le MOE qui représente en même le bureau d’études du projet, ont de solides liens d’amitié au point que les uns n’hésitaient pas à prendre la défense des autres à chaque fois qu’il le faut si bien que les réunions de chantier ressemblaient à des procès où il y avait l’entreprise d’un côté et l’ensemble des autres intervenants, auxquels s’est ajouté le MOA, de l’autre.

Les MOA doivent avoir le courage de se remettre en question quand c’est nécessaire, considérer les entreprises comme de vrais partenaires, forger des liens horizontaux entre les différents intervenants et favoriser la contribution de tous. Dans le même temps, les entreprises doivent définir des stratégies leur permettant de conquérir en permanence de nouveaux marchés et une nouvelle clientèle dans la mesure où cela leur permet non seulement d’assurer la survie et la pérennité des activités mais encore, de ne pas être dépendant d’un cercle trop réduit de clients et, par conséquent, d’être en position de force pour mieux faire valoir leurs droits.

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