Les bâtiments de Renschhausen à Tanger, un joyau architectural chargé d’histoire

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S’étalant sur une grande partie de la baie de Tanger, empruntant un style néo baroque allemand et usant des matériaux d’une grande qualité pour l’époque, les bâtiments de Renschhausen sont l’un des projets les plus importants à Tanger au début du XXe siècle.

Prenant le nom du promoteur allemand Adolf Renschhausen, ce dernier a fait construire ce joyau architectural qui comprenait en plus de l’immeuble, un Kursaal français et à partir de 1930 l’hôtel Majestic.

Le bâtiment de trois étages, édifié entre 1905 et 1908 suivant les plans de José Ochoa Benjumea, a été décoré de deux couronnes impériales au sommet, en l’honneur de Guillaume II, Ancien empereur de l’Allemagne (1859-1941) qui visita Tanger en 1905, soit un an avant la conférence historique d’Algésiras au cours de laquelle les protectorats du Maroc furent imposés.

Les bâtiments servaient également, dans les premières années du XXe siècle, à suivre le départ des courses hippiques qui débutaient de la plage de Tanger et se terminaient près de la Villa Harris. « La construction de cette infrastructure intervenait dans un contexte durant lequel les grandes puissances de l’époque continuaient à se partager le ‘gâteau africain’ et dessinaient le destin ‘colonial’ du Maroc y compris celui de Tanger, la ‘Capitale diplomatique’ de l’empire chérifien, qui sera placée un peu plus tard, en 1923, sous Statut international, pour ne pas partir dans l’une des deux zones de protectorats imposées au Maroc, français, au centre, ou espagnol, au nord et au sud”, a indiqué l’écrivain et acteur associatif Rachid Tafersiti.

« Le style architectural néo-baroque adopté par le bâtiment et les couronnes germaniques, qui ornent la corniche de l’édifice au moment de sa construction et son inauguration était une manière pour Renschhausen de rendre hommage au Kaiser”, a fait savoir M. Tafersiti, fin connaisseur de la ville, dans une déclaration à la MAP. Le langage architectural du bâtiment est quasi baroque et s’aperçoit non seulement dans les éléments décoratifs, mais aussi dans les volumes et les formes adoptées par la façade comme dans l’utilisation de fenêtres ovales, a fait remarquer l’historien, notant que le néo-baroque reflète un caractère patriotique représentatif de l’unité allemande et du nouveau régime établi. A la fin de la première Guerre mondiale et la défaite allemande, les Allemands ont été expulsés de la ville et leurs propriétés confisquées et vendues aux enchères publiques, les couronnes impériales qui trônaient au-dessus du bâtiment principal furent alors démolies, a-t-il expliqué. Pour mettre fin définitivement aux appétits des spéculateurs immobiliers et autres promoteurs qui n’avaient pas arrêté d’agresser le patrimoine de Tanger et d’effacer son authenticité multiculturelle et plurielle depuis les années 1970, le « Bâtiment dit Renschhausen », a été classé au patrimoine national par décret n°2.05.050 du 03/05/2005, portant classement – B.0. n°5317 du 16/05/2005, a précisé M. Tafersiti. Le bâtiment a connu aussi quelques opérations de rafraîchissement des façades, dont la dernière en date s’inscrit dans le cadre du programme de réhabilitation et de valorisation de l’ancienne Médina de Tanger, a-t-il poursuivi. A cet égard, M. Tafersiti a salué le rôle joué par « l’association des résidents et commerçants Renschhausen pour le développement humain », qui veille à la sauvegarde de ces immeubles et la défense des intérêts de leurs habitants, relevant que le siège de l’association, installé dans le même bâtiment, est devenu un véritable centre culturel de proximité, dont les activités s’adressent en priorité aux enfants et aux femmes du quartier. « Depuis sa création en 1992, l’association ne cesse de négocier avec les sociétés privées, qui se sont succédé sur la priorité des bâtiments, ainsi qu’avec les parties responsables de l’entretien de la façade, et ce pour maintenir l’existence et le rayonnement de ce monument majestueux ”, a souligné, pur sa part, la vice-présidente de l’association, Soad Chentouf Rahmoni. “Pendant une trentaine d’années, l’association a fait face aux différents spéculations immobilières sur l’édifice. En 2006, elle a supervisé les travaux de peinture de la façade et a même choisi les couleurs blanche et jaune pour mieux ressortir les ornements du bâtiment”, a relevé Mme Chentouf Rahmoni. Le classement du bâtiment en tant que patrimoine national a renforcé le degré de responsabilité de l’association et l’a poussé à déployer davantage d’efforts pour que Renschhausen ne menace pas ruine et demeure témoin d’une période cruciale dans l’histoire de Tanger et du Royaume, a-t-elle conclu.

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