Énergie, inflation, taux : Coface alerte sur les pressions qui freinent la croissance mondiale
Dans sa revue des risques pays et sectoriels du 26 octobre, Coface prévoit une croissance mondiale de 2,5 % en 2026, puis de 2,6 % en 2027. La dégradation du contexte géopolitique renchérit les matières premières et durcit les conditions de financement, avec des conséquences particulièrement sensibles au Moyen-Orient et dans l’agroalimentaire.
L’économie mondiale continue de résister, mais ses appuis se fragilisent. Selon Coface, la montée des tensions géopolitiques durant l’été a accentué les pressions sur les prix de l’énergie, les chaînes de valeur et les conditions financières. L’assureur-crédit estime que le conflit au Moyen-Orient coûterait un demi-point à la croissance mondiale en 2026 comme en 2027.
Dans ce contexte, Coface maintient sa prévision d’une progression de l’activité mondiale de 2,5 % cette année, après 2,8 % en 2025. Pour 2027, il anticipe une croissance de 2,6 %, soit une quasi-stabilisation plutôt qu’un véritable redémarrage.
Le renchérissement des matières premières constitue l’un des principaux facteurs de cette fragilité. D’après le communiqué, le pétrole a franchi le seuil de 100 dollars le baril en septembre. Les prix des hydrocarbures affichent une hausse supérieure à 50 % pour le pétrole et proche de 100 % pour le gaz naturel, malgré l’augmentation des volumes de pétrole sortant du Golfe.
Les tensions touchent également les produits agricoles. Coface relève une hausse de 40 % sur un an du prix du blé, sur fond de frappes contre les terminaux portuaires en mer Noire et d’épisodes caniculaires en Europe. Les métaux, pour leur part, restent à des niveaux élevés.
Cette poussée des coûts ravive les inquiétudes inflationnistes et conduit les banques centrales à resserrer leur politique monétaire. Selon Coface, la Réserve fédérale américaine a relevé ses taux directeurs de 25 points de base, suivant le mouvement engagé par la Banque centrale européenne. Parallèlement, le dollar s’est apprécié de plus de 6 % en termes effectifs depuis son point bas de mi-janvier, tandis que les taux à long terme ont augmenté de plus de 100 points de base dans la plupart des grandes zones monétaires depuis fin février.
Le cumul de ces évolutions complique le financement des États et des entreprises les plus fragiles. Il réduit aussi les marges de manœuvre face à la hausse des coûts de production et de transport.
La nouvelle revue de Coface se traduit par trois déclassements et quatre reclassements d’évaluations pays, ainsi que par vingt modifications sectorielles, dont douze déclassements et huit reclassements.
Les trois dégradations pays concernent le Moyen-Orient. L’Arabie saoudite passe de la catégorie A3 à A4, les Émirats arabes unis de A2 à A3 et le Qatar de A3 à A4. Coface souligne l’exposition des infrastructures énergétiques et des voies d’exportation saoudiennes aux attaques, ainsi que la dépendance des Émirats et du Qatar au détroit d’Ormuz. L’activité devrait, selon ses prévisions, se contracter dans l’ensemble du Conseil de coopération du Golfe en 2026.
L’agroalimentaire concentre également une partie des dégradations, avec un déclassement dans six pays. En France, en Autriche et en Pologne, les difficultés sont principalement liées aux conditions climatiques extrêmes de l’été. En Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, la vulnérabilité tient surtout à la dépendance aux importations alimentaires. En Argentine, les entreprises agricoles évoluent dans un environnement financier difficile, marqué par des défaillances, des coûts élevés et des marges réduites.
Les perspectives restent toutefois contrastées selon les régions. Aux États-Unis, Coface relève la résistance de la consommation, le soutien des investissements liés à l’intelligence artificielle et un taux de chômage de 4 %. En Europe, les économies allemande et espagnole contribuent à une activité un peu meilleure qu’anticipé, malgré les inquiétudes entourant les finances publiques françaises.
En Asie, le Vietnam et l’Inde conservent une forte dynamique, avec des croissances annoncées respectivement à 8,4 % et 7,5 %. À l’inverse, la demande intérieure chinoise s’affaiblit, tandis que la Thaïlande et les Philippines subissent le renchérissement de l’énergie.
Pour l’Afrique et l’Amérique latine, Coface identifie surtout le risque d’une inflation persistante, alimentée par les prix agricoles et énergétiques, notamment sous l’effet d’El Niño. La capacité à absorber ces hausses pèsera sur l’évolution de l’activité, alors que le coût du financement limite déjà les possibilités de soutien.
