Pêche maritime : un nouvel accord Maroc–Russie à la croisée des enjeux économiques et environnementaux
Le Maroc et la Russie ont signé à Moscou un nouvel accord de coopération halieutique d’une durée de quatre ans. Ce partenariat stratégique dépasse la simple dimension commerciale : il associe développement économique, protection des ressources marines et coopération scientifique.
Le partenariat halieutique entre le Maroc et la Russie franchit une nouvelle étape. Vendredi, à Moscou, le ministre marocain des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, Nasser Bourita, et le chef de l’Agence fédérale des pêches de Russie, Ilya Shestakov, ont signé un nouvel accord de coopération dans le domaine de la pêche maritime, en marge de la 8e Commission Mixte Intergouvernementale Maroc–Russie.
Ce texte, valable pour quatre ans, remplace l’accord précédent arrivé à échéance au 31 décembre 2024. Il renforce le cadre juridique et les modalités pratiques permettant aux navires russes d’opérer dans les eaux atlantiques marocaines, tout en garantissant le respect strict de la réglementation nationale.
Ce nouvel instrument juridique s’inscrit dans une approche durable et réglementée de la pêche maritime. L’accord fixe un quota annuel de captures que les navires russes ne peuvent dépasser. Il délimite avec précision les zones autorisées de pêche le long de la côte atlantique marocaine et encadre les périodes de repos biologique, destinées à favoriser la reproduction des espèces halieutiques.
En adoptant une approche scientifique et environnementale, le Maroc entend préserver ses ressources maritimes tout en assurant une exploitation rationnelle et durable. L’accord s’aligne ainsi sur les engagements du Royaume en matière de protection de l’environnement et de développement durable, en particulier dans le secteur halieutique, qui représente un pilier économique majeur pour plusieurs régions côtières.
Un partenariat à forte dimension écologique
La protection de l’écosystème marin est au cœur de l’accord. Celui-ci intègre des mesures concrètes pour prévenir la surpêche et lutter contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN), un phénomène mondial aux répercussions économiques et environnementales considérables.
Ce partenariat place le Maroc dans une dynamique internationale de gestion responsable des ressources marines, renforçant son image d’acteur engagé pour la durabilité des océans. Pour Moscou, il s’agit également d’un signal fort de coopération avec un partenaire stable et stratégique en Afrique du Nord.
L’un des volets essentiels de l’accord concerne la coopération scientifique et technique. Celle-ci se traduit par une collaboration étroite entre l’Institut National de Recherche Halieutique (INRH) et son homologue russe. Les deux institutions mèneront des programmes conjoints de recherche sur la dynamique des ressources halieutiques et le suivi de l’écosystème marin.
Cette dimension scientifique permettra d’améliorer la connaissance des stocks, de mieux planifier leur exploitation et d’adapter les politiques publiques en conséquence. Elle favorisera également la circulation de l’expertise et des technologies de pointe entre les deux pays.
L’accord Maroc–Russie n’est pas seulement environnemental : il a également une forte portée économique. En autorisant les navires russes à opérer dans les eaux marocaines selon des règles strictes, il génère des retombées financières directes pour le Royaume.
Les ports du sud du Maroc, notamment à Dakhla et Laâyoune, devraient bénéficier d’une intensification des activités halieutiques et logistiques. Ces zones portuaires, véritables moteurs de développement régional, voient ainsi leur rôle économique renforcé.
Par ailleurs, l’accord prévoit l’embarquement de marins marocains à bord des navires russes, créant ainsi des opportunités d’emploi et de transfert de compétences pour les jeunes professionnels du secteur. Cette mesure contribue à la montée en compétences des travailleurs marocains et à l’ancrage du partenariat dans une logique gagnant-gagnant.
Conscient de l’importance de l’expertise humaine dans la gestion durable des ressources, le Maroc a intégré au texte une dimension de formation. Des bourses d’études et des stages seront accordés à des étudiants et cadres marocains dans des établissements russes spécialisés dans les métiers de la pêche et de l’océanographie.
Cette initiative vise à renforcer les compétences nationales, à soutenir la modernisation de la filière halieutique et à favoriser l’émergence d’une nouvelle génération de spécialistes marocains capables de contribuer à la gestion durable des ressources maritimes.
