L’hydrogène vert au Maroc : des ambitions mondiales face aux défis logistiques

Les travaux de la 5e édition du World Power-to-X Summit se sont ouverts, mercredi à Marrakech, réunissant décideurs politiques, investisseurs, chercheurs et experts venus débattre de l’avenir de l’hydrogène vert. Placée sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, cette rencontre confirme la volonté du Maroc de devenir un acteur incontournable dans la transition énergétique mondiale. Mais derrière l’enthousiasme, un défi majeur se profile : celui des infrastructures et de la logistique.

La technologie Power-to-X, qui permet de transformer l’électricité renouvelable en hydrogène ou en carburants synthétiques, est aujourd’hui considérée comme une solution centrale pour décarboner les industries lourdes – sidérurgie, chimie, transport maritime et aérien. Grâce à son potentiel solaire et éolien exceptionnel, le Maroc se positionne comme un territoire stratégique pour produire un hydrogène vert compétitif et répondre aux besoins croissants des marchés européens et mondiaux.

Si le potentiel est indéniable, la mise en place d’une économie de l’hydrogène repose sur des infrastructures colossales. Produire est une chose, acheminer en est une autre.

 Ports adaptés : pour exporter l’hydrogène ou ses dérivés (ammoniac, méthanol, hydrogène liquide), le Maroc devra développer des terminaux spécialisés et des chaînes logistiques sécurisées.

 Pipelines : des réseaux de transport sont nécessaires pour relier les zones de production – souvent éloignées – aux sites industriels et aux points d’exportation.

 Stockage et conversion : l’hydrogène, difficile à transporter sous sa forme pure, exige des solutions techniques coûteuses de compression, liquéfaction ou transformation en produits dérivés.

Sans ces infrastructures, l’hydrogène vert resterait un projet théorique, loin des ambitions affichées.

Le coût de ces infrastructures se chiffre en milliards de dollars. Pour relever ce défi, le Maroc mise sur une alliance entre capitaux publics et investissements privés. L’appui de partenaires internationaux sera déterminant.

 L’Europe, qui cherche à sécuriser ses approvisionnements énergétiques post-crise ukrainienne, voit dans le Maroc un fournisseur fiable et géographiquement proche.

 L’Allemagne, pionnière en matière d’hydrogène, a déjà signé des accords de coopération avec Rabat.

 Les pays du Golfe et l’Asie s’intéressent également aux perspectives d’exportation marocaine.

Le rôle d’institutions comme IRESEN, Masen et l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) est crucial pour structurer l’écosystème, fédérer les partenaires et attirer les financements.

Au-delà des frontières nationales, l’hydrogène vert peut devenir un vecteur de rapprochement énergétique entre l’Afrique et l’Europe. Le Maroc se trouve idéalement placé pour initier des corridors verts transméditerranéens.

Un pipeline reliant le Royaume à l’Espagne, puis à l’Allemagne, est déjà envisagé pour acheminer l’hydrogène vers les marchés européens. Une telle infrastructure consoliderait la position du Maroc comme pont stratégique entre deux continents, tout en renforçant son rôle de hub énergétique.

Le World Power-to-X Summit ne se veut pas seulement un lieu de réflexion mais aussi de décision. Les accords attendus, les partenariats stratégiques et les initiatives en gestation pourraient accélérer la mise en place d’infrastructures vitales.

Pour le Maroc, il s’agit de transformer ses atouts naturels en opportunités industrielles et sociales : création d’emplois qualifiés, montée en compétence des ingénieurs, essor d’un tissu industriel innovant.

Le Maroc affiche des ambitions mondiales dans le domaine de l’hydrogène vert. Ses ressources naturelles, son engagement politique et ses alliances internationales le placent en bonne position pour devenir un leader de la transition énergétique. Mais l’avenir de cette stratégie repose sur un chantier titanesque : la construction des infrastructures nécessaires pour produire, stocker, transporter et exporter cet « or énergétique » du XXIe siècle.

Réussir cette équation logistique et financière fera du Royaume non seulement un pionnier africain, mais un acteur central du futur énergétique mondial.

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